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Des vies violées transcrites sur papier

Regards de Vérité 1: La Candeur Entachée

C’est une belle écriture que l’on a envie d’avoir, d’emprunter lorsqu’on côtoie le rêve d’être auteure et écrivain. L’histoire ne se raconte pas du début à la fin même si elle a un début et une fin de première partie. Surtout lorsqu’on sait que ce sont des faits réels transposés dans un livre qui doit avoir du succès. Mais paradoxalement, il m’enquiquine. Il est trop nu. Il expose des vies auxquelles on n’a pas du tout envie de penser parce que ces vies nous font si mal, nous font souffrir en silence. Ces vies, ce sont celles des femmes qui enfermées dans des dogmes traditionnels, religieux et sociaux à l’africaine, sont convaincues que le mariage est l’aboutissement d’une femme. Et lorsqu’elles y arrivent, deviennent contorsionnistes pour réussir leur vie de couple. Elles oublient que la promesse de prendre soin l’un de l’autre a été faite par deux personnes et non pas, par elles seules.

On part du paradigme selon lequel l’homme est le chef de famille pour accepter tout subir. Léa Awinato, la mère de la narratrice est l’un des exemples extrêmes. Et penser que cette histoire est un fait réel est une torture de l’âme surtout lorsqu’on se remémore ses souffrances, celles de sa fille et la fin que sous la contrainte, elle a choisi pour le bourreau.

Ce livre, parle aussi de ces femmes africaines qui ont opté de ne pas se marier et/ou de ne pas avoir des enfants mais ont fait carrière. L’on a envie d’être à leur place quand on pense aux sévices de Léa, la mariée.

Quand j’ai fini de lire enfin l’étape du viol, j’avais la peau telle celle d’un hérisson. Je l’ai laissé l’ouvrage pendant trois jours et trois nuits sans l’ouvrir à nouveau.

Le souci de connaitre la fin de cet Hilaire m’a poussé à le reprendre. Je la lui souhaitais tragique, pénible, lente et atroce. Comme si j’étais la petite Moya de 07 ans. Ce sentiment, je l’avais déjà sans avoir lu les pages descriptives des violences physiques, mentales et émotionnelles qu’il suscitait chez son épouse Léa. J’ai voulu que toutes les peines qu’il a su causer à cette femme et à la petite Moya, qu’il les ressente multipliées par mille s’il le faut et ceci, même dans l’au-delà.

Ce roman est une psychologie détaillée et aboutie pour tout type de femme. Chacune d’entre nous devrait avoir son exemplaire pour revoir sa boussole au moment utile. Je n’ai cessé de le dire depuis que j’ai pris pour la première fois contact avec l’oeuvre. Ce n’est nullement une publicité pour l’auteure mais un appel au secours pour toutes les femmes. Il permet en effet de s’identifier, de se catégoriser, de faire le point sur sa vie, savoir s’il faut évoluer, abandonner ou recommencer.  Que l’on soit mariée avec enfant ou sans enfant, célibataire avec ou sans enfant ; les dialogues entre les personnages aident la lectrice à faire le bilan de sa vie, à savoir si les choix opérés sont ceux qui conviennent et s’ils satisfont.

Ce roman est d’une maturité qu’on ne retrouve pas souvent dans les premières parutions des nouveaux auteurs.Ce livre, j’ai hésité à photographier chacune des 265 pages. Elles sont toutes belles parce que l’écriture de l’auteure tellement se rapproche du lecteur. Les mots utilisés, quoique dans un langage soutenu, sont d’une compréhension sans équivoque, sans quiproquo.

Le rendez-vous avec la psychologue Ami, il est d’une aubaine pour la femme africaine, la femme en général. D’une manière ou d’une autre, elles subissent les violences, qu’elles proviennent des parents, de l’entourage, du mari, du cercle religieux ou socio-professionnel. Et il y a de ces violences qui n’ont pas de nom, qu’on n’aperçoit pas au premier coup, au premier degré. Ce livre nous permet de les voir, de les comprendre, de les déduire et d’y prendre garde.

Le rendez-vous chez la psychologue, c’est celui de toutes les femmes.

Quelques Extraits des propos de la psychologue :

« Un homme bourré de stéréotypes est dangereux. La femme doit faire ci, la femme doit faire ça etc. c’est un clignotant rouge » « Dans une relation amoureuse, il ne faut donner aucune raison au mépris » « Aucun bonheur ne se négocie au rabais » dit Ami.

J’en viens à Moya. A 12 ans, dire que « les hommes dans ma vie, n’avaient plus aucune place », on ne peut pas imaginer, entrevoir les souffrances subies et qui ont emmené cette adolescente sortie à peine de l’enfance à prendre de telles résolutions drastiques, néfastes et déroutantes. Le viol d’un beau-père, méchant, tapageur, harceleur, manipulateur, sournois, irrespectueux, violent… tous les vices du monde rassemblés ne suffiraient pas à expliquer les comportements de ce mari, pourtant père de jumeaux.

Des Moya (s), le monde en regorgent. Des plus grandes ou des plus petites. Malheureusement. Au quotidien, le mal s’envenime et crée la psychose, le malheur dans des cœurs et au sein des foyers qui l’ont vécu. La pédophilie, l’on l’appelle. Il ne devrait jamais exister. Mais c’est à cœur-joie que l’on découvre qu’à côté de l’écriture, Lamazone Wassawaney s’investit dans son pays la Côte-d’Ivoire pour que les autorités politiques et pas seulement,  prennent à cœur sérieusement ce mal du siècle et y trouvent des solutions dissuasives. Plaise à Dieu que ce combat aboutisse et conduise à des relais partout dans le monde.

 

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Les Cahiers de Ganiath

Je suis Ganiath BELLO, celle qui se cache derrière Les Cahiers. Et grâce à vos lectures, abonnements et encouragements, je vis et réalise mes rêves!!! Merci,Merci, Merci. Les Cahiers de Ganiath, c'est un blog-magazine qui parle de femmes, d'entrepreneuriat, de numérique et de culture en Afrique. L'idée à la base, et je l'ai redis à l'occasion de la cérémonie de distinction de Bénin Blog Awards 2018, cérémonie au cours de laquelle j'ai reçu le prix de la Meilleure Blogueuse Béninoise de l'année; je disais donc, qu'à la base; ce blog-magazine, c'est pour autrement faire du journalisme. Un métier qui toujours a été ma passion. Si on nous tacle d'être les "apporteurs de mauvaises nouvelles à travers le monde"; je veux me compter parmi les blog-médias qui ne révèlent que les côtés positifs, motivateurs et brillants de notre cher continent MAMA AFRICA! Vos contributions de toutes sortes: commentaires, abonnements, likes, suggestions, achats de tranches publicitaires sont donc très très très et plus que les bienvenues... MERCI de vivre avec moi, Mon Rêve! Bisous et essayez toujours de garder la perche! C'est toujours mieux.

4 commentaires

  1. Je ne le dis pas parce que je suis cette Lamazone Wassawaney dont tu parles ; je le dis pour que règne la vérité : Cette analyse sur le livre, est l’une des meilleures jamais lues. Elle est de celles qui m’ont fait ouvrir à nouveau mon livre en m’apprenant de nouveau sur mes propres écrits. Son essence !
    Elle est de celles qui me font dire : «  Wowww… comment ils/elles ont-ils fait pour me percer autant ? Tellement la compréhension semble avoir été cherchée oralement ! »
    Je ne savais pas que tu avais un blog d’une telle facture ! Quelle écriture Ganiath ! 👏🏼👏🏼👏🏼
    J’adore et j’adhère ! ❤️
    Merci de me compter dorénavant parmi tes ferventes abonnées !
    Merci de ce retour si touchant !
    J’ai juste envie de faire le tri dans la distribution car comme je l’ai dit : Ceci n’est pas un livre…
    Il mérite de tomber entre des mains qui le comprendront !
    MERCI 🙏🏽

    1. Des tranches de larmes ont bercé mon cœur réchauffé par ce texte unique. Merci Lamazone. Votre livre m’a beaucoup appris sur ma condition de femme et est une boussole pour moi au temps de doute de mon droit à la vie, à la liberté, au bonheur et à l’espérance. Reconnaissance infinie.

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